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D’après une récente étude publiée dans le PNAS, de l’Académie des Sciences des États-Unis d’Amérique, la disparition des insectes est beaucoup plus répandue que ce croyait jusque-là la communauté scientifique.

Cela a des répercussions sur la chaîne alimentaire, puisque les animaux mangeurs d’insectes (grenouilles, lézards…) disparaissent eux aussi.

Quels sont les risques, directs et indirects, qui pèsent sur la faune mondiale ? Quels sont les risques pour l’espèce humaine ?

Bruno Partmentier : C’est quand même effrayant de constater qu’une grande quantité d’études faites par des organismes fort différents dans de nombreux pays du monde arrivent à la même conclusion : les insectes disparaissent à toute vitesse, et plus globalement l’ensemble de la biodiversité. Cette étude-ci est assez originale, et fort inquiétante, car elle concerne principalement une forêt vierge protégée à Porto Rico, El Yunque. Dans ce cas précis, on ne peut pas incriminer les pesticides ni l’agriculture intensive, et pourtant les chercheurs ont mesuré que les invertébrés les plus communs sont tous beaucoup moins abondants qu’il y a 35 ans : les mites, papillons, sauterelles, araignées et bien d’autres.

Mais aussi tous les animaux qui s’en nourrissent, comme les oiseaux, les grenouilles, les lézards (entre 30 et 50 % de moins).

En Europe la situation est encore pire dans les zones d’agriculture intensive. Chacun a pu constater cet été qu’on peut dorénavant traverser la France sans nettoyer son pare-brise ! Des études récentes concernant la France et l’Allemagne font état de 70 à 85 % de baisse de la biomasse des insectes volants depuis les années 80, mais aussi en conséquence directe des pinsons, tourterelles, merles, pigeons ramier, perdrix, alouettes, moineaux ou hirondelles, ou encore des hérissons et grenouilles.

Les apiculteurs français ont noté une hécatombe sans précédent de leurs ruches l’hiver dernier. Les abeilles domestiques sont les seules qu’on compte régulièrement et dont on peut donc mesurer exactement le déclin, mais il y a de l’ordre de 200 000 espèces d’animaux pollinisateurs qui suivent très probablement le même sort : bourdons, guêpes, papillons, mouches, etc. Or la plupart des plantes que nous mangeons (près de 85 %) ont besoin de cette pollinisation pour vivre : presque tous les fruits (pommes, abricots, cerises, fraises, framboises, etc.), des légumes (courgettes, tomates, salades, etc.), mais aussi les radis, les choux, les navets, les carottes, les oignons, les poireaux, le thym, l’huile de tournesol ou de colza, et même le café et le chocolat ! Sans pollinisateurs, pour faire bref, il ne nous restera plus guère que le blé, le maïs, le riz, et les betteraves, des repas somme toute assez déprimants, et, accessoirement, plus grand-chose à mettre dans nos pots de fleurs.

Et les insectes jouent beaucoup d’autres rôles dans la nature, indépendamment de polliniser les plantes et nourrir les oiseaux. Ils décomposent les déchets, éliminent excréments et cadavres, transportent les éléments nutritifs, aèrent et fertilisent les sols, etc.

Au bout de la chaine, l’homme pourrait bien voir sa vie quotidienne fortement perturbée et son alimentation menacée.

L’étude pointe les changements climatiques comme vecteurs de cette disparition massive. Quels autres facteurs moins directs (disparition des habitats naturels, pollution…) entrent en ligne de compte ?

C’est toute la vie soi-disant « moderne » qui mène à cette catastrophe écologique. Et si les ours des Pyrénées sont défendus par certains écologistes, il est plus difficile pour les punaises, mites et araignées de se trouver des alliés humains influents ! Même les abeilles, nettement plus sympathiques, meurent finalement dans l’indifférence générale.

Naturellement chacun peut comprendre que l’artificialisation des sols, la déforestation, la suppression des haies, l’utilisation massive de pesticides de plus en plus puissants, les labours profonds, et bien d’autres, ont une part très importante dans la baisse de la biodiversité. On envie souvent la « liberté » dont semblent jouir les oiseaux et certains insectes… en fait il n’en est rien. Chacun est affecté à un tout petit territoire qu’il passe sa vie à défendre et à protéger des prédateurs. Chaque fois que ce territoire se réduit, ou que de nouveaux prédateurs arrivent, c’est la catastrophe.

Or la mondialisation combinée au réchauffement climatique amène régulièrement de nouveaux prédateurs qui arrivent sans ceux qui les régulaient sur leurs territoires d’origine. C’est ainsi qu’on a vu arriver et se multiplier récemment en France le charançon rouge qui décime les palmiers de la Côte d’Azur, le chancre coloré qui fait de même pour les platanes du Sud-ouest, la pyrale du buis qui détruit nos « jardins à la française », mais aussi le frelon asiatique et le Varroa destructor qui attaquent nos abeilles, sans parler du moustique tigre qui arrive jusqu’au nord de l’hexagone.

Mais le réchauffement climatique pur et dur a également une responsabilité écrasante. Les animaux à sang froid ne peuvent pas réguler leur propre température interne et peuvent donc être très incommodés lorsque la température externe varie trop ou trop vite. Si les poissons de la mer peuvent, dans une certaine proportion, migrer, il n’en est pas de même des insectes qui sont peu mobiles, fragiles et que de faibles variations dans la température et l’humidité peuvent affaiblir. Des épisodes paroxystiques, de plus en plus fréquents et violents, peuvent alors terminer rapidement le job !

Alors que le GIEC vient de lancer un appel particulièrement inquiétant à l’Humanité sur le sujet du réchauffement climatique, l’étude publiée dans le PNAS est-elle de nature à avancer encore davantage la date de péremption de la planète ? La liste des combats à mener semble s’allonger de jour en jour (préservation de la faune, de la flore, limitation de la hausse des températures, lutte contre la montée des eaux). Préserver l’environnement est-il en train de devenir mission impossible ? Est-ce déjà le cas ?

Précisons les termes, ce qui est en jeu n’est pas la survie de la planète, qui en a encore pour 4,5 milliards d’années de vie avant que le soleil n’explose, mais bien son habitabilité pour des hommes de plus en plus nombreux. Mars, où il fait en moyenne -50° et Vénus, où il fait +420°, ne sont pas menacés non plus, mais on ne se voit pas très bien les coloniser !

Les précédents changements climatiques mettaient souvent des siècles à survenir, et à ce moment-là il n’y avait pas encore, ou peu d’hommes. Pourtant on a observé 5 épisodes d’extinction massives d’espèces, comme celle des dinosaures qui fascinent tant nos petits-enfants. Cette fois-ci le changement va à toute vitesse, nous sommes 7,6 milliards, et nous serons bientôt 10, puis 12 milliards, et nous n’avons pas de planète de rechange. L’avenir à court terme s’annonce difficile, avec la multiplication des sécheresses, canicules, inondations, ouragans, incendies, maladies, épidémies, et leur cortège de réfugiés climatiques. Pour ne parler que des incidents les plus récents, quand on se réjouit de pouvoir se baigner dans une Méditerranée chaude en octobre, il faut aussi compter avec le sous-produit de cette chaleur : les déluges qui frappent le sud-est de la France.

Il est navrant de voir que les appels au secours, les avertissements solennels, la démission du Ministre de l’écologie, etc. ne provoquent pas plus de sursaut. Pas ou pas encore ? On peut aussi voir les choses positivement : deux idées fortes finissent pas entrer dans nos têtes, qui n’y étaient pas avant (j’ai pu être diplômé dans les années 70 sans qu’on me les présente) : le climat se détériore à grande vitesse et les ressources naturelles, en particulier la biodiversité, s’épuisent. Gageons, espérons, que des changements radicaux dans nos modes de vie sont encore possibles : nous allons nous déplacer moins et complétement différemment, notre agriculture va changer très profondément, notre alimentation aussi, nous allons améliorer l’isolation de 80 % des bâtiments du pays, etc.

Oui, gardons espoir dans le génie de l’homme : acculés, nous pouvons encore réagir efficacement, si on s’y met vraiment ; quand est-ce qu’on commence ? Peut-on encore regarder ses petits-enfants les yeux dans les yeux sans rien faire pour qu’ils puissent, eux aussi, vivre sur une planète habitable ?

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